Isa-moche
Quand j'étais petite, les autres enfants m'appelaient parfois "Isamoche". Pas parcequ'ils me trouvaient moche, bien-sûr, parceque ça coulait de source. Comme on appelait Thomas "tomate" et qu'on demandait aux Claire si "c'est clair?".
Ma tante Isabelle s'est aussi fait appeler "isa-laide", à son époque. Les enfants ont une imagination débordante! :-)
Tellement facile...
Pas de traumatisme derrière cela. J'ai eu une enfance très heureuse, considérée comme une très mignonne petite fille par les adultes et mes camarades. J'ai le souvenir d'avoir été très sûre de moi, confiante.
Et de fait je ne compte pas le nombre de fois qu'on m'a qualifiée de "belle Isabelle".
Aujourd'hui j'aime me faire appeler "Isa".
Parceque c'est plus court, bien-sûr, aucun prénom de 3 syllabes ne résiste longtemps à l'appel du diminutif! Les Alexandre deviennent Alex, les Elodie Elo et les Frédéric Fred. J'aime quand on m'appelle Isa parceque ça me donne le sentiment qu'on se sent proche de moi.
Mais je ne peux m'empêcher de remarquer que la syllabe que je sacrifie si joyeusement est celle que je pense ne pas mériter. Je ne peux pas me faire appeler Isa-belle, c'est impossible.
Drôle de prénom, ou drôle d'interférence avec la langue française... En Argentine ils m'appelaient "Isabel" (avec l'accent!), ça ne leur évoquait rien (enfin, si, il parait que c'est super vieillot là-bas, c'est comme si je m'étais appelée Germaine, mais bon, c'est une autre histoire).
Aucun prénom n'est neutre, bien-sûr, tous ont une signification. Mais le mien fait que j'entends et écris tellement souvent ce à quoi j'aspire.
Je ne passe bien-entendu pas mon temps à y penser. Mais quel travail pour l'inconscient... Quel bourrage de crâne pour mon petit cerveau déjà si perturbé.
Belle.
Je veux être belle.
Je veux être Isabelle.