L'habitude du désespoir est plus terrible que le désespoir lui-même.
Albert Camus.
Si triste. Impression que je n'y arriverai jamais. Nouvelle crise ce soir, à près de minuit... Pourquoi m'acharner ainsi sur moi? Pourquoi ne pas me coucher avec un bon bouquin, lovée sous ma couette avec juste l'idée de me faire du bien, d'être dans mon cocon, tout doux...
Je ne sais plus me faire du bien. Je ne sais plus vivre heureuse.
J'avais passé une trop bonne journée, maintenant j'ai réparé cette anomalie, je me fais souffrir, j'ai mal au ventre, ça cadre mieux avec mon état d'esprit habituel.
Nulle, trop nulle, je me saborde moi-même.
J'avais bien dormi, je m'étais trouvée belle au réveil. Je m'étais bien habillée, ressortant du placard un haut d'hiver décolleté, que je ne mettais jamais parceque l'hiver il fait trop froid! J'étais belle. Avec des seins, de fesses, femme, mais belle. Enfin, je me suis sentie belle.
Dans mon regard, dans celui des autres aussi. Confiante en moi.
J'ai bien bossé. Bien mangé toute la journée, enfin, mangé "normalement".
Mais petit à petit dans ma soirée s'immisce l'envie de crise. Je la calme à coup de tisanes. Mais elle est là, toujours. Une petite voix m'encourage à craquer. Après une résistance desespérée mais obstinée, je craque... Rien sous la main, bien-sûr, maintenant que je limite les tentations dans mes placards, alors je me fais cuire des pâtes. Beaucoup de pâtes. Beaucoup trop de pâtes. Et comme ce n'est pas assez je m'en fais cuire d'autres. Encore plus de pâtes.
Je me dégoûte, pourquoi toutes ces pâtes, bon sang???
Une demi-heure après je suis redevenue la baleine à gros ventre que j'ai pris l'habitude d'être.
Je ne sais plus comment m'y prendre. Je ne sais pas chasser les mauvaises pensées.
Aurais-je peur de réussir?
J'ai l'impression d'être tiraillée entre 2 énergie très fortes : d'une part ma volonté qui déplace des montagnes et qui me fait travailler, chaque jour, à me construire une vie telle que je la rêve. Et d'autre part ma pulsion de destruction, tout aussi puissante, qui anéanti tous les efforts réalisé à force de volonté de fer...
Au final je me perds.
Je deviens une Isa banale, mignone et gentille, mais sans plus.
Alors qu'au fond de moi je sais que je pourrais être extraordinaire. Je pourrais être une Isa vraiment belle, plus drôle et cultivée, réussir bien plus dans ma vie professionnelle... Peut-être oser me laisser aimer par l'homme que j'aime? J'ai l'énergie et le potentiel pour, au risque de vous paraître un monstre d'orgueil.
Mais une partie de moi m'empêche d'être cette Isa. Certes je ne suis pas malheureuse... J'ai fini par m'habituer à cette vie, c'est terrible. Mais en attendant, je ne suis pas heureuse.